Le visage de l’Afrique

En tête des éternelles lubies de l’homme, on trouve à coup sûr la recherche sans fin de l’origine. Origine de l’univers, de notre planète, origine de la vie sur Terre, origine de l’homme… L’une des meilleures réponses que nous ayons trouvée à ce jour se situe en Afrique. Au Tchad, plus précisément, car c’est là que nous avons déterré les plus anciennes traces de l’humanité. Les premiers « hommes » seraient partis d’Afrique pour aller explorer le vaste monde.

Fascinant continent du commencement, dont nous avons achevé de dessiner la carte il y a cent ans seulement ! La carte d’un territoire gigantesque de plus de trente millions de kilomètres carrés. Un voyage en Afrique a donc toujours, et à juste titre, un goût de voyage aux origines. Mais la naissance de l’homme, c’était il y a fort, fort longtemps ! Plus proche de nous : le XIXe siècle a vu les puissances européennes s’engager dans l’exploration, la colonisation et le « partage » de l’Afrique. Encore plus proche de nous : le XXe siècle a vu l’Afrique retrouver progressivement son indépendance, à partir des années cinquante. Il ne s’agit que de la génération de nos grands-parents : si le temps de l’occupation coloniale peut sembler avoir été relativement court dans une si longue histoire, gardons en tête qu’il est également très récent.

Et depuis lors, le temps s’accélère, en Afrique comme ailleurs, le changement y va bon train. Terminée l’Afrique des explorateurs, terminée aussi l’Afrique des colonies. A quoi ressemble la modernité sur le premier continent habité par l’homme ? Quel(s) visage(s) nous montre aujourd’hui le berceau de l’humanité ? L’Afrique nous montre de plus en plus de nouveaux visages. Au sens propre, d’abord : avec le nombre d’enfants par femme le plus élevé au monde en 2013, la population africaine est celle qui croît aujourd’hui le plus rapidement. Elle représentait 16 % de la population mondiale en 2012 (plus d’un milliard d’habitants), et les estimations prévoient un bond qui pourrait atteindre 25 % d’ici à 2050. Au sens figuré également : l’Afrique est le continent le plus fragmenté de la planète, avec cinquante-quatre pays et de nombreuses frontières. L’Asie et l’Amérique, toutes deux plus étendues d’une quinzaine de millions de kilomètres carrés, ne comptent respectivement que 51 et 35 pays. Mais, à l’inverse de ces deux continents, les liens interrégionaux sont très réduits en Afrique. Les échanges commerciaux intra africains, par exemple, ne représentent que 10 % du commerce total de la zone. Notons, à titre comparatif, que les échanges interrégionaux au sein de l’Union Européenne représentent 70 % du commerce total. Les raisons de cette fragmentation se trouvent dans l’histoire, et datent, pour partie, de l’époque coloniale. En effet, nombre de frontières ont été héritées de cette période. Le tristement célèbre « partage de l’Afrique » est venu augmenter les difficultés de cohabitation au sein d’un territoire qui a toujours abrité une grande diversité d’ethnies (des centaines). Egalement, des phénomènes de déplacement de populations, volontaires ou contraints, anciens ou très récents, ont parfois mis le feu aux poudres en catalysant des tensions latentes. On comprend rapidement que des réalités complexes ralentissent l’intégration du continent, et l’on sait pourtant que les régions les plus intégrées sont les plus compétitives au niveau mondial.

Changeons d’échelle et zoomons maintenant sur cette figure bien connue de l’Afrique de l’Est qu’est le fameux guerrier massaï. Arborant tenue et armes traditionnelles, le peuple massaï semble avoir conservé son mode de vie ancestral. La traversée d’un village en témoigne : les maisons sont en bois et en terre, l’eau vient de loin, l’électricité ne s’y aperçoit qu’à la nuit tombée, à l’horizon, et la journée est consacrée au pâturage des troupeaux. Certains détails devraient pourtant surprendre. Par exemple, si les ceintures sont toujours confectionnées à la main avec le cuir des vaches, elles servent désormais également à y accrocher un smart phone. De même, l’affluence des touristes a créé de nouveaux réflexes : essayez donc de dégainer votre appareil photo et vous en serez quitte pour une négociation du prix du cliché. No money, no photo ! Sauf, bien sûr, dans les villages de démonstrations où vous paierez une fois pour toutes votre droit de rencontre à l’entrée. Indéniablement, l’Afrique vit le courant de mondialisation qui emporte désormais les cinq continents. La publicité prêche la consommation, les bouteilles de Coca Cola traversent les frontières, et le tourisme apporte les devises, clé du mystère. En Tanzanie, on apprend à l’école qu’il est important de préserver sa culture et ses traditions, et on porte l’uniforme typique de l’écolier anglais. Et si l’Afrique porte les traces bien visibles de la présence européenne, l’influence asiatique marque également le paysage. En effet, dans le village planétaire, nous sommes tous voisins ! La Chine, le Japon, l’Inde et surtout la Malaisie l’ont bien compris et investissent massivement en Afrique, contribuant à faire évoluer encore davantage un visage déjà multifacettes. “ Fascinant continent du commencement, dont nous avons achevé de dessiner la carte il y a cent ans seulement !

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *