Tanzanie, les tribus

Le temps s’est arrêté dans les vallées, là où vivent les tribus dont les rituels quotidiens sont dédiés à leur survie. Armés pour leur défense et pour la chasse, ils paraissent sauvages. De plus près, lorsque le voyageur prend le temps de s’arrêter pour comprendre, il reçoit le cadeau d’un grand homme, son sourire.

La tribu des Hadzabés est probablement l’une des plus anciennes de Tanzanie, sa présence sur les rives du lac Eyasi étant vieille de quatre mille ans. Elle serait issue de peuples d’Afrique australe. C’est certainement la plus singulière également, car ses membres ne ressemblent en rien à leurs voisins tanzaniens : leur langue et leurs traits se distinguent sans ambiguïté. Leur mode de vie, également, est différent de celui des autres tribus de Tanzanie. Les Hadzabés sont traditionnellement des chasseurs-cueilleurs nomades. Leur société est relativement égalitaire, ils ne consacrent qu’un petit nombre d’heures par jour au travail, et sont habitués à se déplacer régulièrement pour suivre la nourriture à deux ou quatre pattes, la propriété de la terre étant une notion abstraite pour eux. Cependant, elle est au contraire très concrète pour les tribus voisines, qui pratiquent l’élevage et l’agriculture de manière sédentaire. Lorsque celles-ci s’installent dans un territoire, elles en chassent définitivement la faune sauvage. En effet, elles ont tendance à s’approprier les points d’eau pour y abreuver le bétail mais aussi à défricher la brousse pour cultiver le sol, épuisant rapidement les réserves de gibier des Hadzabés. Ainsi, les grands mouvements de population ont fait peser une forte pression sur cette irréductible tribu : par l’est arrivent des Iraqws qui étendent leurs cultures de maïs, du sud remontent des Bantous en quête de terres fertiles, et du nord se répandent les fermes d’oignons.

Tanzanie, Hadzabes

Au total, ces vingt dernières années, la population a triplé sur le territoire des Hadzabés. Nomades, pacifiques et cultivateurs de marijuana, les Hadzabés n’ont pas pour habitude de mener des guerres de territoire. Ils n’occupent donc aujourd’hui plus qu’un quart de leur ancienne aire de peuplement, et on ne dénombre plus qu’un millier d’entre eux en 2014. L’environnement naturel des Hadzabés n’a pas été sauvé par des mesures de conservation. La tribu n’est pas montée dans le train de la modernité et semble pour cela condamnée à disparaître. Face au manque de nourriture, rares sont ceux qui subsistent encore grâce à la chasse et à la cueillette. La majorité tente de s’intégrer dans la vie économique, et notamment dans le tourisme. Il est en effet possible d’aller à la rencontre des Hadzabés, et de passer quelques heures en immersion avec les hommes de la tribu.

Après une séance d’entraînement, ils vous emmèneront chasser à l’arc et, si la chance est avec vous, partageront un morceau de la prise de jour, grillé au feu de bois sur le chemin du retour ! Pour sûr, les shillings échangés dans la fluidité d’une poignée de main entre votre guide et le chef du village à la fin de la visite ne poussent pas sur les arbres et constituent le moyen de subsistance principal de la majorité des Hadzabés aujourd’hui. L’Afrique a changé plus vite au cours du dernier siècle qu’au cours des quatre derniers millénaires, et ils ne sont que deux cents ou trois cents à vivre encore de chasse et de cueillette. Alors si vous avez la chance de rentrer en contact avec ces gens, d’être témoins de leurs rites, de participer à la chasse, d’apprendre les noms de quelques plantes utilisées dans leur médecine traditionnelle, de partager leur nourriture, sachez qu’il vous en incombera également une responsabilité. Celle de graver dans votre mémoire tout ce que vous aurez vu, entendu, senti, touché et goûté, pour le raconter à vos enfants, et, on vous le souhaite, à vos petits-enfants !

Tanzanie, Tribu Hadzabé

Les Hadzabés ne sont ni une réserve d’indigènes ni un musée vivant, ils sont les premiers à avoir choisi la Tanzanie, et seront probablement les prochains à la quitter. C’est le sacrifice que cette tribu semble prête à faire pour défendre sa culture dans un pays qui est décidé à ne plus regarder derrière. Alors profitez-en : voici une opportunité d’en apprendre plus sur les origines de l’humanité qui risque de ne pas durer !

Guerrier Massaï, Ngorongoro

Guerrier Massaï

D’autres tribus ont décidé d’ajouter le tourisme à leurs sources de revenus et proposent de découvrir leurs activités traditionnelles. Citons par exemple les Datogas, voisins des Hadzabés et ennemis respectés des Massaïs, qui vous accueilleront pour une démonstration de ferronnerie artisanale, une visite de leur habitat traditionnel, ou la mouture du maïs destiné à confectionner la polenta. Vous pourrez également explorer des villages massaïs de démonstration et en apprendre plus sur les rites ancestraux de ce peuple mythique au nom légendaire. Ce type de tourisme culturel se développe et vient répondre à une demande croissante de diversification des produits 100 % safari. Et, de fait, ces expériences permettent de découvrir un aspect fondamental du pays. Mais gardons en tête que l’entrée dans l’industrie touristique de certains villages tribaux ne reflète que de manière partielle l’ouverture ambiguë de la population tanzanienne au tourisme occidental. De même, la mise en lumière de quelques tribus ne doit pas faire oublier la grande diversité qui caractérise la Tanzanie : plus de cent vingt tribus cohabitent dans ce grand pays. Notre conseil : ne pas y aller comme simple spectateur car, si les activités sont parfois quelques peu mises en scène, vos hôtes ne jouent certainement pas une comédie.

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