Maiko, un rêve de môme

C’est une jeune fille qui se transforme tel un papillon qui veut prendre son envol pour interpréter l’art qui élève la sensualité de la femme au plus haut qu’il soit. Les codes de cet art sont comme une mélodie silencieuse. S’il n’y avait qu’une seule expérience à vivre à Kyoto c’est sans nul doute celle d’une journée avec une jeune Maiko.

Telle fut notre souhait qui fut réalisé avec la rencontre de Tomitae avec l’autorisation de sa ‘mère’ de la maison des Attache Kyo. Le rendezvous est fixé en fin de matinée pour la suivre dans les rues de Gion, d’un pas pressé, elle va comme toutes les semaines, se faire coiffer. C’est durant ces 3 heures de lissage, coiffage, mise en forme, que nous avons pu gagner sa confiance et lui poser les questions que tout un chacun aimerait poser dans un tel moment. Qui est t’elle ? Qu’est-ce donc qu’une Maiko ? Pourquoi donc… Tomitae nous explique que c’est un rêve de petite fille. Comme une petite française qui rêve de devenir un jour Miss France, elle était très jeune en admiration devant les Geiko (Maiko confirmée). Un jour elle demanda à ses parents s’ils voulaient bien qu’elle voue sa vie à cet art. Les parents, émus, l’ont encouragée. La voilà à 15 ans, intégrer une maison où elle sera formée et protégée par son ‘mama’.

 

L'art de Maiko

 

Le temps passe et tel un papillon elle se transforme par les gestes habilles d’une coiffeuse dont son fer met en forme les cheveux de Tomitae pour qu’elle soit la Geiko qui fera rêver ces clients. Et ce temps passant, nous avons droit à quelques sourires, mais aussi à des questions sur nous, nos vies, et ce qu’est le quotidien des jeunes filles de chez nous. Comme si un siècle, un monde nous séparait, elle est curieuse. Bien que réservée, elle ose nous demander ce que l’on pense d’elle et de son art. Elle aquiesse de petit « haï » presque silencieux mais si sensuels. Nous profitons de cet instant de complicité pour nous aussi la questionner sur ce qu’est vraiment la vie à laquelle elle se prépare. Nous lui parlons de ce que nous savons par les films que nous avons vu, mais aussi de tout ce que nous ne connaissons finalement pas. Aya notre guide et traductrice nous assiste en cherchant les bons mots pour que jamais nous ne l’offensions. Mais nous devons savoir, nous devons lui poser la question. « Tomitaeo, si hier les Geisha étaient des courtisanes pour le bon plaisir des hommes fortunés, qu’en est-il aujourd’hui ? »… elle pose sur moi un regard étonné par notre question ou notre inculture. « C’est l’art qui sublime la sensualité de la femme japonaise.

 

Maiko, Japon traditionnel

 

C’est un spectacle, une compagnie, une séduction telle une mélodie qui s’accompagne d’une chorégraphie dont les codes sont comme des paroles silencieuses qui place la femme tout la haut, souvent insaisissable, comme la lune. Elle est belle, lumineuse et on la désire tous les soirs. Il n’est pas question de s’offrir au-delà de la cérémonie. Il se peut qu’un jour une geisha s’abandonne à un homme qui saura prendre soins d’elle. Un homme qui la protègera. Un homme qui aura attendu que la lune vienne à disparaître au petit matin ». Un silence s’impose. A la fois pressés et remplis d’enthousiasme de la revoir mais cette fois-ci presque transformée, nous nous déchaussons sur le pas de porte de sa maison ‘okiya’ dont l’enseignement et la protection sont offertes par la ‘maman’ des lieux. Nous recevons cette invitation comme un privilège. Une porte de papier translucide s’ouvre sur le salon de réception. Nous nous installons sur des coussins et faisons face à un paravent doré. Nous attendons Tomitae. Où est le jeune fille que nous avions rencontré il y a quelques heures ? A genoux, elle passe la tête, nous sourie. Elle referme la porte derrière elle, puis s’installe sur le tatami face à nous. Assise sur le tatami, elle ouvre le cordon de son petit sac à main et cherche à l’intérieur un étui contenant un baume à lèvres rouge, un pinceau et un miroir. Elle jette une regard général à sa coiffure surmontée de fleurs synthétiques un peu grossières, mais qui font d’elle un être presque imaginaire. Son teint est blanc, comme ses lèvres. Ses paupières ont reçu un nuage de maquillage rosé. Ses yeux ont été soulignés par un liner noir pour allonger son regard, son arme secrète. Rouge, le pinceau caresse ses lèvres. Le geste est sûre. Le temps semble s’être suspendu et nous à ses lèvres…

 

Danse japonaise traditionnelle

 

Pour nous Tomitaé joue de la musique et chantera comme si nous êtions des clients d’un ‘ochaya’ (restaurant traditionnel ou ryotei). Sa mère protectrice est fière d’elle. Elle lui propose de danser un ‘Miyako odori’, une danse de la capitale à Gion. Puis vient la cérémonie du thé. Il nous est impossible de retenir chaque geste. Tout est pensé et mesuré. C’est une chorégraphie, un message, un art. La tasse est tournée deux fois d’un quart de tour, l’eau chaude se mèle au maté. Son poigné fouette d’un geste érotique la préparation pour faire mousser le contenu du bol. Le maté est prêt à déguster. On le boit tout en pensant à ce rituel qui le rend unique et souvent hors de prix. Les Geisha, Gaiko et Maiko sont aussi un art très couteux. Elle sont payées avec de l’argent fleur dit on en japonais. Ces vies sacrifiées à l’art pourraient être aussi des vies sacrifiées aux hommes fortunés. Mais les Geiko ne sont plus très nombreuses. La loi de l’offre et de la demande pourrait faire d’elles des femmes riches n’appartenant finalement à personne…

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