Gabon, des trésors bien cachés

L’une des grandes réserves de biodiversité en Afrique est menacée, et ce malgré l’engagement en février dernier du groupe singapourien Olam, de suspendre pendant un an le défrichement des forêts primaires du Gabon, contre l’exploitation des terres pour l’industrie de l’huile de palme. Mighty Earth et Brainforest, deux ONG dénonçant les abus de déforestation, restent inquiètes. Depuis 2012, environ 20 000 hectares de forêts sont déjà partis en fumée.

La baisse du prix du baril brut de pétrole suscite une inquiétude certaine au sein du gouvernement d’Ali Bongo. Malgré les efforts des industriels étrangers, et les fonds par millions pour compenser la pollution de cet écosystème fragile, le poumon vert gabonais évoqué plus haut constitue l’environnement naturel de milliers d’espèces animales comme l’éléphant pygmée ou le gorille du Gabon. Ce cœur vert serait pourtant l’atout pour développer une nouvelle économie : le tourisme.

Le nouveau gouvernement d’Ali Bongo Ondimba, dont la famille dirige depuis 50 ans le pays, est mis sous tension et contesté par l’opposition de Jean Ping. Le pays de 1,8 million d’habitants a connu des violences, et les nouvelles élections législatives prévues en juillet 2017 pourraient bien être ajournées. Malgré tout, ce pays a des atouts pour s’ouvrir au tourisme. Mais souhaite-il une telle ouverture ?

Jungle au Gabon

Marqué par la colonisation, le Gabon s’est enrichi en vendant son bois, son pétrole, et ses minerais dont le manganèse, aujourd’hui exploité par les Chinois. Les conflits d’intérêts et la corruption sont patents. On préfère l’argent liquide aux cartes bancaires. Un grand écart s’est creusé entre les riches et les pauvres. De l’aéroport au centre de Libreville, les sièges des grandes entreprises, les palais du gouvernement, l’ambassade de France et des résidences de luxe sont l’expression même de ce passé somptueux. Il vous faudra vous promener dans les rues adjacentes pour vous sentir en Afrique avec ses commerces aux peintures improbables. Les privilèges et les abus de pouvoir le disputent à des trafics. On vous dira que c’est de la débrouille. Bien que le Gabon soit un pays riche, tout le monde n’a pas profité de la ‘générosité’ du père Bongo. Les projets sont financés par le gouvernement, les entreprises privées ou les ONG, les fonds affluent et l’argent disparaît. Quel est donc l’avenir de la jeunesse, ces ‘morveux chocolat’ dans les aventures de Tintin au Gabon ?

Le Gabon d’aujourd’hui cherche à se libérer des influences étrangères, et dans son désir d’autonomie, le tourisme pourrait trouver sa place, et refaire vivre des populations oubliées.

Selon le site de l’ANPN (2), de belles initiatives ont vu le jour. Ces parcs nationaux racontent l’histoire naturelle et humaine du Gabon depuis les temps immémoriaux. Ils sont source de fierté pour les Gabonaises et les Gabonais. Ils font partie intégrante de l’identité du pays et célèbrent sa beauté et son infinie variété. Ils sont la matérialisation de la volonté du Père Bongo Ondimba de mettre en valeur les richesses de la forêt gabonaise dont les ressources naturelles sont d’une variété inestimable et d’une diversité inégalées et permettraient de parvenir à un développement durable tout en préservant les écosystèmes et la biodiversité du Gabon.

Riière au Gabon

Prenant le relais du Conseil National des Parcs Nationaux, entité de projet placée sous l’autorité directe du Président de la République, l’Agence Nationale des Parcs Nationaux, entend mettre en œuvre un programme de conservation qui porte en lui la vision de faire du Gabon « un modèle de conservation et une destination écotouristique de référence » à la fois aux niveaux africain et mondial. Les entreprises du bois ont ainsi dû déménager, déplaçant des populations. Les grandes routes n’ont plus été entretenues, et les villages ont été isolés. Il n’est pas rare de voir des villages fantômes. Les éléphants sont aussi un fléau pour ces villageois. Ils saccagent les plantations, unique moyen de subsistance des populations rurales.

L’ANPN présidée par le scientifique Lee White ne reste néanmoins pas insensible à ces problématiques. Un programme de clôtures électrifiées pourrait bien être mis en œuvre, mais il est pharaonique, et ne semble pas vraiment être la priorité du nouveau président du Gabon. Les caisses de l’Etat sont vides. Les recherches ont été stoppées. Le matériel n’est pas remplacé, pas davantage que les équipes. Les taxes d’entrée dans les parcs ne suffisent pas à assurer les besoins de l’association.

Le tourisme d’aujourd’hui est confidentiel, et ses frémissements pourraient être une prise de conscience de la présidence. Au-delà de l’apport de devises étrangères, ces touristes pourraient aussi être les ambassadeurs d’une destination francophone d’une beauté rare, où l’on se promène sans danger, à la rencontre d’animaux en toute liberté dans des paysages exceptionnels. Ali Bongo Ondimba a vraisemblablement l’opportunité de changer l’image du Gabon, et de s’offrir l’image d’un président de la réforme, dans les pas de son père qui en 2015 fit du Gabon le premier pays africain engagé dans la préservation de l’environnement lors de la Cop21. Le chef de l’Etat pourrait ainsi envisager une nouvelle respiration avec son poumon vert, un nouveau souffle pour les populations et plus uniquement un conglomérat d’ industries pour les nantis du système. Sera-t-il ce président de la réforme, et ouvrira-t-il ses frontières aux touristes avec un plan de promotion, des routes et des pistes goudronnées, des trains pour les touristes, des normes hôtelières, et des formations pour offrir une qualité irréprochable ? Le premier geste qu’il pourrait faire serait de baisser le e-visa aujourd’hui à 85€.

Au-delà de toutes ses difficultés, le Gabon est une destination de l’Afrique centrale qui mérite tout l’intérêt des voyageurs recherchant des paradis sur terre. Celui-ci abrite une faune riche et diversifiée. C’est le royaume de nos cousins primates. On y recense une grande population de gorilles et de chimpanzés, pour ne citer que ceux-là. C’est aussi un pan de notre préhistoire avec des fouilles dans la vallée d’Ogooué, où l’on peut observer des peintures rupestres vieilles de plus de 400 000 ans dans le parc de la Lopé. Vous pourrez aussi aller à la rencontre des Gabonais aux coutumes et aux vêtements colorés. Au cœur des forêts, il y a aussi les pygmées et  certains se laissent approcher par les visiteurs étrangers. Savez-vous qu’ils possèdent le secret de l’invisibilité ? – Manifestement, l’écotourisme est l’enjeu du Gabon, pour le sauvetage d’une faune habituellement approchée par les scientifiques, un enjeu désormais envisageable par l’homme respectueux de son environnement.

Le Gabon peut s’enorgueillir de 700 espèces d’oiseaux, 98 espèces d’amphibiens, entre 95 et 160 espèces de reptiles, près de 10 000 espèces de plantes, plus de 400 essences forestières et 198 espèces différentes de mammifères. Ces chiffres impressionnants font du Gabon le pays d’Afrique avec la plus grande variété et quantité d’animaux selon l’ANPN.

La chaîne belge RTBF a réalisé un magnifique reportage dans « Jardin extraordinaire », présentant le Gabon comme un paradis sur terre.

Les 13 parcs nationaux constituent des points de contact privilégiés et d’observation directe de ce vivier. Grâce à ces parcs, la nature gabonaise dévoile aux scientifiques des trésors exceptionnels. Le parc d’Akanda, sur la côte atlantique, est l’un des sites les plus importants d’Afrique centrale pour les oiseaux migrateurs d’Europe. Les grandes plages offrent un refuge pour les espèces d’oiseaux aquatiques, tandis que les vasières abritent les espèces d’échassiers appelées limicoles qui se nourrissent d’invertébrés cachés dans le limon. Au large des côtes atlantiques, on retrouve une grande diversité d’animaux marins offrant le spectacle des sauts des grands dauphins, des dauphins à bosse ou des rorquals. Le Gabon regorge aussi d’animaux rares tels que le pangolin du Gabon, le picatharte ou encore le vautour à tête blanche.

Le Gabon est appelé la Mecque de la biodiversité. Pourtant la préservation de ce milieu n’est pas encore assurée ! Il y a encore beaucoup de chemin à faire …

Au-delà de ses 800 km de côte atlantique, le Gabon est aussi un pays de rites et de croyances, de danses traditionnelles et de 52 ethnies. Son histoire a aussi immortalisé des sites, tels l’hôpital Schweitzer à Lambaréné (du nom d’Albert Schweitzer, prix Nobel de la paix), l’île Samouri à Ndjolé (du nom du résistant célèbre Samori Touré qui y fut déporté jusqu’à sa mort pendant son exil gabonais de 1898 à 1900), le Mont Mibeng (célèbre bataille opposant les forces allemandes aux troupes françaises en 1914 à une quarantaine de kilomètres d’Oyem).

L’investissement d’entreprises étrangères dont nombre de françaises fait que le Gabon dispose d’un excellent réseau de téléphonie GSM. Côté transport, les provinces sont desservies par un train aux départs capricieux, le chemin de fer est une solution partielle puisqu’il faudra continuer sa route avec des véhicules tout-terrain par les pistes. Et la compagnie AfriJet est terriblement coûteuse et ne dessert que quelques villes. Air France vole vers sa capitale Libreville avec un vol quotidien au départ de Charles de Gaulle, à partir de 724€TTC A/R. Notez que sur cette ligne vous pourrez trouver les quatre classes de confort, dont la Première.

Le tourisme au Congo ne peut que prendre la forme d’un écotourisme s’orientant sur la découverte de l’arrière-pays vers les sites de Minkebe, des monts de Cristal, ou d’Ivondo qui demeurent difficilement accessibles du fait du mauvais état des routes.

Les infrastructures touristiques sont quasi nulles. On s’étonne néanmoins de voir des hôtels de très bonne catégorie, comme « le Royal Palm » un boutique-hôtel à Libreville. Dans un style Riad oriental, la direction française offre un accueil exemplaire, du charme et de la confidentialité et une cuisine semi-gastronomique. Cet hôtel est le rendez-vous du gotha et des célébrités. Il y a aussi « La Baie des Tortues Luth» un éco-lodge à 15 minutes de traversée depuis Libreville, dans le parc de Pongara, exceptionnel, les éléphants viennent observer les clients ou se baigner sur la longue plage. A contrario il y a aussi les mauvais élèves, tel l’hôtel « La Lopé » au cœur de son parc éponyme offrant une vue incroyable sur le fleuve Ogooué. Malheureusement cet établissement est terriblement coûteux pour un service vraiment médiocre, et cela s’explique de par un tourisme local reposant pour partie sur les expatriés. Mais ceux-ci ne sont plus prêts à payer à prix d’or des prestations aussi mauvaises. L’hôtel est vide et se délabre. Préférez à celui-ci le Mikongo Lodge géré par l’association Mikongo, dont le guide Ghislain vous emmènera en safari, et peut-être même dans la forêt à la rencontre des cinq familles de gorilles de Mikongo.

Bien que cette activité reste marginale pour l’instant, le Gabon dispose de véritables atouts qui pourraient donner l’envie de croire que le million de touristes pourrait être atteint en 2018. Mais le gouvernement saura t-il valoriser et promouvoir ses richesses ?

A la rencontre des gorilles de Mikongo

En 1999, l’Union Européenne finance la construction d’un site en pleine forêt gabonaise dont l’objectif est de générer des revenus importants issus de l’écotourisme tout en réduisant les impacts sur l’environnement. Les communautés locales, dont de jeunes Gabonais sélectionnés, recrutés et formés pour travailler dans le site comme guides, sont intéressés au projet. Presque six années plus tard, l’Union Européenne se retire, et laisse la place à la ZSL (Zoological Society of London) qui continuera les recherches scientifiques sur les gorilles. Elle démarre en même temps un programme d’écotourisme similaire à ceux du Rwanda et de l’Ouganda où le processus d’habituation des gorilles est bien plus avancé. Les populations locales sont toujours impliquées dans l’accueil des touristes.

Ghislain Ngonga Ndjibadi est l’un des guides du programme. Après le départ de ZSL en 2009, il réunit d’autres guides pour créer de l’association Mikongo’Vision afin de continuer d’accueillir des touristes tout en les intéressant aux problématiques des villages de Lopé. Ainsi des aides afflueront pour la réparation de pompes à eaux, de la construction de fours en pierre, de ruches, de clôtures.

En plein cœur du Gabon, dans le massif du Chaillu, le parc de la Lopé couvre 4970 km2. De Libreville, il faut 7 heures de train pour rejoindre le grand massif forestier le plus accessible en Afrique équatoriale. Ce parc équipé pour accueillir scientifiques et touristes, mérite le titre de fondateur du « tourisme technologique » en Afrique.

Des îlots de savanes vieilles de 40 000 ans sont traversés par des galeries forestières du pléistocène, riches en plantes endémiques. Cette alternance d’écosystèmes a joué, selon des études scientifiques, un rôle-clé dans l’évolution des espèces de la forêt pluviale. La Lopé est ainsi le meilleur endroit en Afrique pour découvrir l’étonnant mandrill – selon Darwin, le mammifère le plus spectaculaire du monde. Le groupe de primates sauvages le plus important connu à ce jour – 1.350 mandrills réunis – a été recensé ici en 1996. Une station de recherche est dédiée à l’étude de cet animal.

Le parc abrite les plus hautes densités de mammifères connues d’une forêt pluviale. Il affiche le score de trois éléphants par kilomètre carré : un record en Afrique ! Mais on y rencontre aussi de grandes populations de gorilles et de chimpanzés.

On recense à la Lopé 412 espèces d’oiseaux dont une petite population de la rare bouscarle géante. On peut également y observer sept espèces de calaos et le mythique picatharte dont seuls 5000 individus survivraient.

Le parc national de La Lopé présente aussi des trésors archéologiques : on y a découvert les plus anciennes traces de vie en Afrique équatoriale, avec des pointes de flèche de l’âge de la pierre, des gravures rupestres de l’âge du fer et d’autres signes d’occupation humaine vieux d’au moins 400 000 ans.

Laboratoire vivant et fenêtre ouverte sur le passé, La Lopé a été classée à ce titre en 2007 site de Patrimoine Mondial par l’Unesco. Le site www.parcsgabon.org offre une vision globale et transversale sur l’ensemble des parcs du Gabon.

Ghislain, la star des gorilles

Ce guide est un inconditionnel amoureux de la nature. Mais pas que, puisqu’il dédie ses journées à aider les populations locales. Le tourisme est pour lui un moyen de partager l’urgence de venir en aide aux populations rurales quittant leurs villages. Père célibataire de trois enfants qu’il élève, son cœur n’a pas résisté aux yeux de « Merveille », une petite fille abandonnée par sa mère adolescente. Cet homme est d’une grande générosité. Ses faux airs de Will Smith lui ont valu d’attirer les caméras, mais l’unique notoriété qu’il recherche est celle de Mikongo au cœur du parc de Lopé, un ancien site scientifique, et aujourd’hui son camp d’accueil de voyageurs désireux de l’accompagner observer les gorilles dans la forêt secondaire. Président de l’association des guides de Mikongo, Ghislain est le spécialiste et l’expert idéal pour un séjour à la Lopé. Il sera là à l’arrivée de votre train. Il sera là aussi pour vous installer dans le confortable Mikongo Lodge à la Lopé. Il sera là pour vous promener dans la savane, et marcher avec vous sur le mont Brazza, naviguer en pirogue sur l’Ogooué, mais surtout à pister l’éléphant pygmée, et les primates dont l’impressionnant gorille à dos argenté.

Les familles de gorilles du Gabon constituent une espèce unique qu’il côtoie depuis l’abandon des programmes scientifiques. Avec ses voyageurs, il peut s’approcher d’eux à dix mètres à peine. Il reconnaît chaque famille, et observe les naissances. Il peut vous parler de gorilles durant des heures. Ils ne sont pas agressifs, sauf s’ils se sentent menacés. Ghislain détient les codes. Il y a un respect mutuel.

Formé comme guide à l’ANPN, il a côtoyé le scientifique Lee White, et leur amitié est un gage d’avenir pour l’observation et la protection des gorilles. Il a aussi travaillé aux côté du prince belge Emmanuel de Merode, engagé lui aussi dans la protection des gorilles dans le parc des Virunga au Congo.

Ghislain est l’un de ces hommes qui donnent toute sa dimension à votre voyage, et ce malgré l’absence d’aides gouvernementales. L’argent qu’il gagne est parfois accompagné de dons. Si l’on dit qu’il est plus facile -mais aussi terriblement coûteux- d’observer les gorilles du parc du Loango dans le sud du Gabon, tenter l’expérience à Mikongo avec Ghislain, c’est participer à une bonne action pour l’avenir du pays, des habitants de la Lopé et des familles de gorilles qu’il tente de protéger.

http://www.mikongo-vision.info/

La Baie des Tortues Luth, Wildeness Eco-lodge ****

On tourne le dos à Libreville, les embruns marins sont une brise rafraîchissante pour le voyageur venu de loin que je suis. Passez la pointe Denis, la mer change de couleur pour un vert translucide, puis un bleu celeste. L’infinie plage de la Baie des Tortues Luth laisse le sable se dérober dans les vagues de l’Atlantique, là où à quelques milles marins baignent les îles de Sao Tomé-et-Principe.

Durant l’été, à la saison des amours, les baleines à bosse viennent trouver refuge dans les eaux chaudes des côtes du Gabon, pays fervent défenseur des cétacés. Les tortues luth sont les plus grandes des tortues marines et aussi les plus impressionnantes à observer. Leur carapace est en fait molle avec l’aspect du cuir et elle comporte sept carènes longitudinales et de nombreuses taches blanches. Elles choisissent la grande saison des pluies pour venir pondre sur les milliers de kilomètres de plage de sable fin. C’est aussi dans ces eaux chaudes que les amateurs de la pêche au gros viennent sportivement s’amuser.

Sur ces plages infinies, les petits éléphants pygmées sortent de la forêt au soleil couchant. Plus au sud, des hippopotames sont devenus célèbres pour leurs jeux dans les vagues. La faune est très présente. Quelques cris de primates laissent s’envoler des oiseaux migrateurs des mangroves, un paradis pour les ornithologues.

La savane avoisinante change de couleur au fil des heures. Les buffles se laissent approcher mais il faut rester vigilant car la panthère rôde.

Un parfait décor de cinéma me direz-vous ! Et je vous répondrai que oui, mais aussi un coin de paradis encore confidentiel pour des voyageurs bien décidés à fuir les destinations où se bousculent les touristes du monde entier.

Dans ce lieu de quiétude où les animaux ont accordé à l’homme l’usufruit d’un territoire encore sauvage, l’éco-lodge éponyme de la Baie des Tortues Luth est le refuge idéal pour poser ses valises au Gabon.

Une serviette fraîche et un cocktail me sont offerts avec un sourire d’une grande blancheur. L’uniforme de l’hôtesse est composé d’un pagne au design moderne. Nous sommes bien en Afrique. J’aperçois des bungalows en pisé sur la première ligne, puis des lodges surélevés. Ce sont des points d’observation idéaux lorsqu’ à la nuit tombée les pachydermes viennent arracher quelques branches. Durant la période des mangues mûres, certains en abusent et s’affalent dans les jardins de l’éco-lodge.

A peine plus de 20 bungalows et lodges sont répartis dans un jardin tropical dans lequel une famille de paons y laisse quelques plumes lorsque le cri d’un singe hurleur vient à les effrayer. Spacieux et joliment décorés, les bungalows offrent le confort d’un grand hôtel avec climatiseurs, minibars et une excellente literie.

Traversant les jardins par les passerelles de bois, je m’installe dans les salons, à l’ombre des eucalyptus robusta. La couleur jaune d’un tisserin ressort de cette végétation. Je suis resté immobile, perdu dans mes pensées, le rendant curieux de moi. Le temps semble faire une pause. Peut-être qu’ici-même, feu le Dr Albert Schweitzer y trouva la paix, et l’inspiration qui lui a valu en 1952 le prix Nobel.

De plus en plus nets à l’horizon, une pirogue et son pêcheur s’approchent. Cette pêche fera le bonheur des gastronomes. Que nous offre la mer aujourd’hui ? Des tarpons géants, carpes Rouges, des carangues, des barracudas, des capitaines et otolithes et les gros bouledogues qui sont des prises potentielles pouvant taper à tout moment et souvent très près du bord. Un écrasé de piments viendra relever la chair du poisson grillé, le tout accompagné d’un vin sud-africain.

Bien qu’il n’y ait aucun décalage horaire, je me laisse prendre par une fatigue imaginaire après le festin de la mer, tournant quelques pages d’un roman « Cartographie de l’oubli » de Niels Labuzan, l’esprit sombre, bercé par les vagues.

Aussi étonnant soit-il, la piscine de l’éco-lodge est aux couleurs d’une grande marque de champagne, Moët & Chandon. La musique est lounge, le ciel s’enflamme, la coupe est fraîche et l’ambiance a des allures d’un été à St-Tropez. En fin de semaine, l’hôtel est l’adresse prisée du gotha de la capitale.

Pour ma part, je suis venu découvrir cette adresse confidentielle pour sa proximité avec la nature. La journée d’exploration dans ce poumon vert bordant la mer m’est expliquée par Patrice mon guide, formé par l’ANPN. Il m’explique surtout que ce ne sera pas une simple balade, et qu’il faudra observer des consignes de sécurité au cas où un animal venait à charger. J’ai hâte de découvrir cette partie de l’Afrique qui n’a pas à rougir des beautés de la partie australe du continent. Il n’y a pas de safaris organisés, ni-même d’animaux enfermés dans des parcs ou déplacés. Nous sommes ici dans leur habitat naturel.

Vais-je observer des éléphants ? Probablement. Des macaques, des chimpanzés, des phacochères, des buffles, des hippopotames… ou peut-être même voir les yeux brillants d’une panthère dans la pénombre, qui peut le savoir. C’est la nature qui décide et qui vous surprend. Une nature riche et abondante, et une nature ici préservée dans le parc de Pongara.

 

http://www.baiedestortuesgabon.com/accueil

 

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