NAPLES, TENTATRICE MARGARITA

Elle n’est pas la plus séduisante de toute l’Italie. On pourrait la comparer à cette fille du port, pas vraiment fortunée, voire un peu négligée. Pieuse, elle porte la croix sur un vertigineux décolleté, et malgré une nuit de tous les excès, obscurcissant le ciel, les draps blancs flottant à la fenêtre, elle se précipitera au travers des rues étroites pour la messe dominicale. « Oh Madonna, puisse-tu pardonner ses pêchés ».

Telle une corne d’abondance, les étals des marchés débordent de « tutti frutti » muris au soleil de l’Italie. Les citrons se partagent la place avec les oranges, mandarines, citrus et autres agrumes. Les pastèques sont coupées en deux pour exhiber un cœur rouge et sucré. Les fruits des bois pour accompagner les babas au rhum surmontés par une crème fouettée font le régale de tous, même des enfants. De l’autre côté les poissonniers interpellent les donna sur l’arrivage du jour. Le maraicher est fier de ses tomates. Toutes les variétés sont exposées : cœur de bœuf de Sorrente, longini de la Lombardi, et la piccola pour l’apéritif. Au petit matin, au son des cloches, la vie au cœur de Naples se concentre dans les marchés pour la préparation de l’éternel repas familial de ce dimanche de juin.

A moins de partager l’intimité d’une famille napolitaine, mieux vaut prévoir une arrivée quelques jours plus tôt à Naples. La première impression que donne Naples n’est pas des plus séduisante. Baignée de soleil, Napoli est avant tout un port pour les cargos, les bateaux de croisières et les navettes à destinations de l’Amalfi, Positano, Sorrente et des îles comme Capri et Iscilla. Elle se paye le luxe d’un fond de carte postale sur l’éternel Vésuve dont les pentes sont cultivées depuis des millénaires, tant la terre est riche de ce sédiment offert par les forges de Dionisos. Là où la colère des dieux a déjà englouti la ville de Pompeï, d’Herculanum et de Stabies, les hommes y ont construit leurs villas sur leurs terres agricoles.

 

Naples

Au XVIIIe siècle, Naples était la deuxième plus grande agglomération d’Europe, et la capitale des Deux-Siciles. Splendide et royale, elle rayonnait sur tout le sud de la Péninsule, la Sardaigne et la Sicile. Stendhal le plus italophile des écrivains français disait de Naples qu’elle était « la seule capitale d’Italie ». Si l’unification nationale en 1861 priva Naples de tous ses privilèges au profit de Rome et Milan, sous sa patine elle n’a rien perdu de sa superbe. Bien qu’étant une ville essentiellement baroque, avec quelques touches néoclassiques, les traces de la colonie grecque du VIIe siècle sont réelles alors qu’elle se nommait Neapolis. Romain, Byzantins, Normands de Sicile, Aragonais, Espagnols, et Autrichiens se sont installés dans ce vaste amphithéâtre naturel s’ouvrant sur une baie ensoleillée.

Tout se faste des siècles passés se retrouvent dans le palais royal, l’opéra, la piazza del Plebiscito, ou les palazzi de six étages qui bordent les ruelles de Spaccanapoli, toujours baroques bien qu’habités aujourd’hui par de simples familles napolitaines.

Si la mafia a remplacé la domination du roi de Naples, le véritable pouvoir appartient à la « mama ». N’ayez donc crainte de vous perdre dans les rues du centre de Naples. Le Napolitain sera toujours fier de vous parler de sa ville, de vous diriger vers la meilleure pizzeria de son quartier tout en vous faisant mille recommandations sur la poursuite de votre exploration.

Ce Napolitain est aussi un séducteur, et vous ne résisterez que difficilement à ses invitations pour découvrir son échoppe. Pourquoi résister ! La tentation est de pair avec Naples. Si vous n’achetez rien, vous aurez fait une rencontre, et de cet échange vous en aurez un peu plus appris sur cette culture méditerranéenne à l’origine du mot ‘volupté’. Vous avez succombé ? Les strass d’une paire de sandales pour elle, une veste parfaitement coupée pour lui, à moins que ce soit pour un collier en corail, ou une paire de manchette en pierre de lave du Vésuve. Un verre de limoncello, une glace italienne à l’improbable parfums de basilic et citrus, ou peut-être même un gargantuesque déjeuner sur une rare terrasse, linguines al vongolé, salade caprese, aubergine a la parmesane, anchois frais, artichauts en friture, calamars ails et persil ou même un ragout qui aurait mijoté des heures, et que l’on accompagnerait d’une polenta. Comment ne pas céder à ses plaisirs de la table. Déjà à l’époque romaine, les dieux faisaient l’objet de vénérations lors de fêtes durant lesquelles les banquets abondaient de mets succulents.

San Gennaro et toutes les paroisses sont certainement là pour entendre le pêcheur repentant ! Surnommée la « cité aux 500 églises », l’instant devient presque irréel lorsque les cloches se mettent à sonner en même temps, et dans cette cacophonie vous lever les yeux au ciel, des pigeons tentent de se faire un passage entre le linge qui pend d’une fenêtre à l’autre. Vraisemblablement succomberez-vous aussi aux multiples tentations offertes aux piétons à travers ses rues sinueuses et sombres. L’opulence de gourmandises s’étale à travers les vitrines. Les jambons de Parme pendent, et les meules de parmesan s’entassent, alors que les antipastis se laissent réfrigérer. Dans les fameuses boites bleues de chez Barilla, un grand choix de pâtes, mais les meilleures sont sans nul doute les pâtes fraiches. Il ne reste que quelques bocaux de tomates de la précédente saison estivale. Ces tomates qui ont muri au soleil et dont le coulis est étalé par le pizzaïolo sur sa pâte pour en faire une Margarita dont l’odeur envahira les environs. Si la pizza est née ici à Naples, la pizzeria Da Michele est une institution qui depuis 1870 renouvelle les mêmes gestes. Dans le quartier de la Forcella, nombre de touristes passent devant l’antique pizzeria tout en se demandant pourquoi tant font la queue. Salvatore Condurro, l’ancêtre, qui donna naissance à cinq génération de « maîtres pizzaioli », et laissera la main à son fils Michele Condurro qui ouvrira la première pizzeria de la famille, en 1906. Ce n’est qu’en 1930 que la pizzeria, aujourd’hui reconnue par tous les guides touristiques, ouvrira au 1 de la Via Cesare Sersale. Luiggi et Antonio prendront la succession de leur père, puis leurs enfants, et les petits-enfants, et la pâte tourne, vole et les clients savourent dans les deux petites salles de l’établissement des Margherita et des Marinara. Ne pensez pas trouver ici une longue carte avec des ingrédients à ne plus savoir quoi choisir. A 4,50€ et maxi 5€ la pizza, tout est dans l’assiette. La simplicité de l’Italie avec des ingrédients nombres et naturels, Mais quelle pizza ! Voilà pourquoi il y a tant de monde devant la boutique, attendant avec leur ticket à la main qu’une table se libère. Tel un billet de loterie, ils attendent de gagner enfin le cœur du temple de la pizza.

Pizza Margharita

 

Pour beaucoup de Napolitains, Da Michele reste le Temple sacré de la Pizza. Et pour beaucoup d’italiens et même de voyageurs étrangers, amoureux de la pizza, des saveurs du sud et de la cuisine méditerranéenne, il s’agirait même, selon certains amateurs, de la meilleure pizza au monde.

Se loger à Naples n’est pas une mince affaire. Les hôtels de luxe « à l’italienne » se trouve sur le bord de mer ce qui réclame de prendre les transports pour se rendre dans le cœur de la ville. Le groupe français Accor a fait le choix en 2009 d’implanter son premier MGallery en Italie dans un ancien palais datant du XIII siècle. 800 ans d’histoires ont défilé dans ses murs.

Le Palazzo Caracciolo se trouve à la limite de l’ancienne cité médiévale. A deux pas de la fameuse cathédrale Duomo de San Gennaro, du musée archéologique et des ruelles pavées d’un Naples authentique, l’hôtel a dû respecter l’histoire des lieux tout en proposant le confort d’une adresse internationale et moderne. La rénovation de la demeure de la famille Caracciolo, proche du roi de Naples, Joachim Murat, laisse découvrir un ancien escalier, celui d’une tourelle de garde, mais aussi un immense escalier et des murs épais offrant aux voyageurs durant les canicules estivales, un refuge de fraicheur.

Sa cour intérieure est telle une scène où sont servis les petit-déjeuner, et où les évènements prennent place aussi.

Si l’art contemporain est peu présent à la différence de nombreux autres MGallery, le Palazzo Caracciolo joue quant à lui la carte de l’histoire.

Préférez les chambres supérieures pour leur espace. La hauteur des plafonds des duplex est un rappel des dimensions de cet ancien palais.

Son restaurant « La Cucina » est une invitation à l’art de la gastronomie de la cuisine Napolitaine revisitée. Dans ses murs épais, où seul le bruit des cloches résonne, vous séjournerez dans un havre de paix, et peut-être prendrez-vous le temps de profiter de son espace « bien-être », une pause entre deux visites.

L’OPERA SAN CARLO

C’est en 1737 qu’il fut inauguré, ce qui fait de lui le plus ancien opéré lyrique d’Europe en activité. Avec son vaste parterre, ses six étages et sa somptueuse loge royale, c’est l’un des plus beaux théâtres à l’italienne. Le roi de Sicile y accédait depuis son palais par une passerelle. Si vous n’avez la chance d’assister à un ballet ou un opéra, offrez-vous la visite de 45 minutes.

POMPEI RENAIT

Sur les pentes du Vésuve, volcan né il y a environ 300 000 ans, et toujours en activité, l’ancienne cité romaine attire des milliers de touristes du monde entier, désireux de voir et de comprendre l’une des plus grandes tragédies : l’anéantissement d’une cité sous les cendres d’un volcan en éruption en l’an 79 de notre ère.

Sa dernière éruption remonte à 1944, et malgré la terrifiante et indomptable vérité, qu’un jour sa puissance destructrice anéantira à nouveau ses environs, les napolitains perpétuent cette tradition agricole avec des plantations de vignes, d’agrumes et de tomates entre autres, sur ces terres fertiles. Placé sous une étroite surveillance il n’en reste pas moins une attraction. Les touristes peuvent atteindre le sommet du cratère en 30 minutes, et de là découvrir une vue spectaculaire sur la baie de Naples.

Pompéï

Pompéi et Herculanum furent osques, étrusques, grecques et samnites avant d’être conquise par les Romains au début du IIIe siècle av. J.-C. L’une était une ville de commerce avec une économie florissante, autant de par ses cultures environnantes, que par les cargaisons des navires en provenance des ports de la Méditerranée, et l’autre était une station balnéaire sous le règne d’Auguste. Les plus grandes familles de Rome avaient leurs villas somptueuses.

Le 25 août 79 Pompéi en premier, sous 4 mètres de cendres et de pierres ponces, Herculanum quelques heures plus tard, sous une coulée de boue brûlante, toute deux furent anéanties à tout jamais.

C’est à Charles III d’Espagne que l’on doit les premières fouilles pour retrouver les cités englouties. En 1738 un abbé napolitain découvrit Pompéi, et ce n’est qu’en 1717 que le savant allemand Winckelmann donna à ces découvertes un écho considérable, dont toute l’Europe se passionna de ces découvertes. En 1860 les fouilles débutent sur les 44 hectares et vont révéler les rues fantômes, les maisons à étages, les mosaïques et les peintures qui ornaient les demeures dont on peut enfin imaginer l’opulence des familles, et les plaisirs de la vie de jadis.

Il faudra attendre nos jours et les nouvelles technologies pour comprendre mieux encore ce que furent ces dernières heures. Les touristes peuvent en réalité virtuelle visiter le site et ainsi faire un pas dans le passé au fil de leur parcours. La science a par exemple révélé que le couple de cendre enlacé dans la riche villa, était deux hommes : « les amants de Pompéi ». Un couple parmi près de 20 000 victimes.

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