PANIQUE A BORD 

Prenant la direction de l’horizon, il fend les flots de ses 105 000 tonnes d’acier, laissant derrière lui des milliers de croisiéristes et leurs souvenirs de vacances. Pour la plupart, ce fut une semaine trop vite passée, et le regard nostalgique ils rentrent chez eux. Pour d’autres, l’expérience ne sera jamais reconduite, et bien que la mer se soit montrée calme, ils comptent bien, nauséeux, avoir une explication avec leur conseiller de voyages. Décryptage d’une croisière et de ses passagers.

Comme tous les premiers du mois, un nouveau comité de rédaction s’inscrit sur l’agenda, avec pour ordre du jour « le fabuleux univers des croisières ». Un dossier qui n’a jamais vraiment été traité sérieusement, et qui mérite une attention toute particulière afin de plaire à la CLIA* (Cruise Lines International Association), mais surtout afin d’aider les agents de voyages à mieux vendre ces géants des mers.

Croisières

Tour d’horizon sur un site Internet spécialisé, où les offres sont multiples, et où les itinéraires nous mènent sur toutes les mers du monde, avec plus d’une vingtaine de compagnies et des centaines de bateaux : le choix est cornélien. Nous décidons de motiver notre choix par le prix, avec un départ en dernière minute.

Le thermomètre restant depuis quelques jours bloqué sous les 3°, direction le sud, Marseille, le plus grand port de croisière de France avec un peu plus de

650 000 passagers en 2015 (source CLIA). Pour un tour de la Méditerranée à bord d’un géant des mers flambant neuf et ses 4 000 passagers, cabine intérieure sans hublot en pension complète, des tarifs s’annoncent à 519€/personne. L’offre promotionnelle est tentante, surtout lorsqu’il s’agit du MSC Fantasia. Ce tout nouveau navire allie la chaleur et le confort d’une atmosphère méditerranéenne à un design de pointe.

On lit que le bar à expresso situé sur la véritable place de village pavée est le lieu idéal pour faire une petite pause après une journée à courir les boutiques de luxe et les magasins duty-free. Des pâtisseries tout droit sorties du four et d’authentiques glaces à l’italienne comme sur la piazza di Roma.

L’ambiance est métropolitaine avec des bars thématiques, des spécialités culinaires et des divertissements variés, dont un piano bar, un bar jazz et un autre sur le thème du sport avec des jeux vidéo et des animations qui font le plaisir des voyageurs. Les restaurants proposent une expérience gastronomique inoubliable, du grandiose avec le Cerchio d’Oro ou le plus intime Red Velvet et ses lustres en cristal de Murano, en passant par le restaurant Tex-Mex El Sombrero et ses cocktails.

Le navire offre une impressionnante gamme d’installations sportives, avec tennis, basketball, mini-golf, piste de jogging et salle de gym, sans oublier un parc aquatique, un fabuleux simulateur de Formule 1 et un cinéma en 4D.

Le MSC Fantasia propose également les espaces solarium Top 18 et MSC Aurea Spa, ainsi que de fantastiques clubs dédiés aux enfants et adolescents.

Voilà la quintessence du luxe avec le très exclusif MSC Yacht Club, un véritable navire au cœur du navire, qui dispose de son propre service de Concierge, d’un service de majordome à toute heure du jour et de la nuit, d’un salon privé et d’un pont piscine. Mais nous n’allons pas naviguer à son bord.

En quelques clics, nous nous laissons emporter vers un climat plus clément qu’une Méditerranée possiblement déchaînée en cette période de l’hiver, et naviguons sur le web à la recherche d’une méga promotion qui nous mènera vers les tropiques. Bingo ! Un départ immédiat à 325€/personne au départ de Fort-de-France sur le Costa Magica. Un clic de plus, et l’offre promotionnelle se transforme en véritable affaire du siècle avec un tarif affiché à 475€/personne en cabine avec balcon. Une offre Premium qui ne se refuse pas.

Nous appelons la réservation grand public de la compagnie Costa Croisières. L’agent nous confirme l’offre tarifaire et nous précise qu’il ne reste qu’une seule cabine à ce tarif. La pression est là, mais l’avis d’un agent de voyages s’impose, et la réservation lui revient.

Fabienne, agent de voyage sous l’enseigne Sélectour, derrière son comptoir aurait préféré nous vendre une croisière de rêve sur un bateau comme le Ponant, le Star Clipper ou le Club Med II, mais nous l’interrogeons sur un produit Costa, pour une entrée de gamme et qui plus est au tarif promotionnel. Elle nous déconseille vivement de vivre cette première expérience en faisant le choix d’une cabine intérieure. Elle nous dit qu’ils n’ont eu que de mauvais retours de leurs clients, et qu’ils ne veulent plus en vendre.

Sans vouloir nous décourager, elle nous interroge sur nos habitudes de voyages afin d’être certaine que nous ne serons pas déçus, mais nous devons garder pour nous les motivations professionnelles. Nous nous laissons néanmoins tenter par une croisière avec une cabine balcon au départ de Fort-de-France à bord de Costa Magica, histoire de rester objectif, et qui sait, voilà peut-être une expérience qui nous rendra adepte de ce mode de vacances qui séduit un grand nombre de personnes.

Il n’est pas vraiment de la nouvelle génération, pas non plus un Néo, mais ce bateau d’un peu plus de 3 400 passagers sera pour nous un excellent terrain d’enquête. Il est vendu comme un navire proposant toute la magie des plus belles villes d’Italie. Et disposant d’une grande collection d’œuvres d’art de la prestigieuse Académie de Brera. Il ne reste plus qu’à vérifier si le charme de l’Italie façon Costa croisières fonctionne, et qui sont donc ces voyageurs prêts à réserver parfois deux ans à l’avance, et payer le prix fort pour passer une semaine à bord ?

Nous sommes bien conscients qu’il y aura une grande mixité avec des voyageurs de provenances diverses. Majoritairement Italiens, on y rencontrera d’autres nationalités, des Français et des Antillais. Il y aura aussi des couples, des familles et des gens d’âges différents, mais surtout des retraités.

Nous y voilà ! Reconnaissable à sa cheminée jaune et son ‘C’comme Costa, le Costa Magica est à quai, et le défilé de croisiéristes montant et descendant s’organise parfaitement. De contrôles en contrôles, la passerelle est en vue, et nous voilà bien minuscules devant ce navire qui n’est pourtant pas le plus gros.

 

EMBARQUEMENT IMMEDIAT

Tout est bien orchestré. Les passagers sont accueillis et leurs bagages pris en charge. Quelques vérifications, l’aventure commence à peine et voilà que l’on vous propose déjà d’acheter votre forfait boissons, au cas ou vous ne l’auriez pas fait au préalable lors de la réservation. Quelques pas de plus et vous voilà pris en photos, souvenir-souvenir mais qu’il faudra payer. Vous passez les contrôles, vos affaires personnelles sont scannées par une entreprise privée de sécurité. Sous le soleil des Caraïbes, bien loin dans nos souvenirs se trouve l’émission de France2 sur les failles sécuritaires des compagnies de croisière face aux risques d’attentats à bord.

Le personnel est très accueillant. Des Italiens évidemment, mais surtout des Philippins, ils représentent plus de 30% des membres de l’équipage. Le personnel est l’atout majeur de la compagnie. Les croisiéristes que nous avons rencontrés sont unanimes sur la gentillesse du personnel. Ils ont néanmoins été choqués d’apprendre que ces gens travaillent 7/7 jours, à raison de 11 heures et plus, qu’ils doivent payer leur uniforme, et pour un salaire moyen de 600 dollars mensuel, tout en sachant qu’ils ont des contrats limités, signés dans leur pays d’origine, ce qui restreint grandement les conditions de travail et la sécurité de l’emploi.

La presque totalité de leur salaire sera envoyée à leur famille. Ils attendront les escales pour trouver des spots de wifi pour communiquer avec elle, car à bord le wifi n’est pas gratuit pour eux. Ils sont dans le même temps les témoins de cet effroyable gaspillage de nourriture que l’on sert à profusion aux clients à bord.

C’est lors de mon escale à Pointe-à-Pitre que j’ai eu une pensée pour ces membres du personnel alors que je visitais le mémorial ACT, édifié pour élever les consciences sur cette période sombre de l’histoire de l’humanité et de l’esclavage. Dans la dernière salle, des chiffres défilent sous les noms de pays où des formes d’asservissements existent encore.

La somme de 10€/jour et par personne est imposée pour les pourboires. Ce qui fait un peu plus de 34 000€ par croisière pour plus de 3 400 passagers, soit 170 000€/mois. Soit un total de 135€/mois par équipage, sauf que tous ne sont pas payés pareil. Les Philippins sont recrutés par des agences dans leur pays, et ont ainsi un contrat local payé environ 550/600$ par mois. Nous n’avons jamais su si les 135€ de pourboire étaient inclus dans le salaire de base ou pas. Les Philippins représentent 33% de l’équipage.

 

CONFORT A BORD

Rien n’est vraiment simple pour trouver ses repères à bord. Les couloirs se ressemblent, et les cabines sont une succession de numéros. Ponts, ascenseurs, numéros de cabine, voilà vous l’avez trouvée votre cabine. Hâte de découvrir l’espace, le style et le confort de celle-ci.

Tout le charme de l’Italie. En effet la cabine a ce charme suranné de l’Italie des années 80. Mobilier en formica, simili cuir pour la banquette et une moquette qui n’a plus d’âge. Un petit écran de télévision, un minibar et une climatisation centrale offrent le minimum. Par chance, la cabine est lumineuse grâce à la grande fenêtre qui s’ouvre sur le balcon, petit balcon mais il nous permettra de temps en temps une échappée. Un espace idéal pour les fumeurs. Vous le vérifierez lorsque votre voisin en poupe fumera sa première cigarette du matin. Le plaisir des cabines qui se suivent et qui se ressemblent afin de mieux partager un moment de bonheur comme les cris de leurs bambins. Mais c’est le charme de l’Italie !

 

Pour le voisinage, tout le monde est logé à la même enseigne. Pour ne pas subir le voisin tabagique vous pouvez opter pour une cabine hublot. Vous n’aurez pas l’air marin, mais la lumière naturelle. Puis si vous souhaitez faire votre croisière en mode économique et que vous n’êtes pas claustrophobe, alors choisissez les cabines intérieures. Dans 9m2 vous pourrez occuper l’espace à quatre.

Cette recherche vous a donné soif. Attention, ce n’est pas une bouteille d’eau de courtoisie, elle est payante, comme le minibar.

Après un petit comme un grand tour du bateau et de ses œuvres d’art, désenchantés nous sommes : le bateau date un peu. Dans sa décoration des années 80, avec de faux décors peints en doré, et des impressions numériques censées s’inspirer de la prestigieuse Académie de Brera, on nous a un peu vendu du rêve. « Paroles, paroles, paroles… », Dalida avait dû faire une telle croisière.

A l’extérieur, la compagnie a joué la carte de la couleur. Le bleu et le jaune évidemment. Des tables et des chaises en plastique offrent des espaces de convivialité si l’on veut être agréable, sinon nous dirons qu’ils sont là pour ceux qui veulent s’asseoir. Deux minuscules piscines, des jacuzzis ou des bains de culture à bactéries feront le bonheur des dermatologues. Et une ambiance de vacances, comme dans « Camping paradis », avec de la zumba pour lorsque vous avez envie de bouger votre corps après vous être empiffré de denrées extrêmement caloriques, ou lorsque vous avez juste envie de vous reposer. Eh bien non, vous écouterez de la zumba parce que la zumba c’est bon chez Costa. Il ne faut pas être négatif parce que par chance vous êtes en décalage horaire et vous vous êtes levé un peu tard (08 :12), et les transats sont déjà réservés avec des serviettes et sacs posés dessus. Privé de zumba vous êtes ! Ne pestez pas, votre horoscope du jour vous réclame de rester zen. Il le faudra puisque la première compagnie italienne de croisières, celle qui vous offre tout le charme de l’Italie, ne vous offrira pas lors de cette belle journée annoncée, un expresso. Non, il faudra sortir votre Costa Card et payer 2,06 euro. Oui le double d’une dosette Nespresso. « O sole mio… ». Vous n’aviez qu’à acheter votre forfait boissons à….

Croisières

Le wifi à bord n’est pas gratuit. Il est même très couteux. A l’heure où le monde est connecté, les compagnies se taisent sur le sujet, car là encore, le wifi est une source de revenus conséquents. C’est une note de plus de 250€ que nous avons eu à bord, et ce uniquement pour garder le contact avec notre bureau. N’imaginez même pas regarder un film en streaming. MSC Croisières vient d’annoncer un forfait très avantageux à 129€, parce qu’ils l’ont bien compris, l’innovation numérique fait partie de l’expérience-client. Ce programme nommé « MSC for Me » apportera des avancées technologiques autant pour l’équipe face à plus de 170 nationalités, comme aux clients pour améliorer « la vie à bord ». La nouvelle génération de bateaux se tournée vers le digital. Peut-on imaginer qu’un jour le Wifi sera gratuit, et que les milliers de croisiéristes partageront en temps réel leur expérience à bord, Selfie par-ci, Selfie par-là ?

Journée en mer, le soleil est au zénith et nous voilà en quête d’un transat. Nous devons enjamber les corps en état avancé de décomposition. Si la veille pour la soirée de gala , nous avions assisté à un défilé pas vraiment couture, mais plutôt carnavalesque, nous réalisons que ces corps ont perdu de leur charme avec le temps, ou peut-être après plusieurs passages aux buffets. Les clients que nous avons interrogés nous confirment que la qualité des buffets a baissé, et qu’il y a un grand écart avec les dîners.

La restauration pour Costa comme pour d’autres compagnies de croisière, est un véritable enjeu de séduction pour atteindre le nirvana de la satisfaction du client. Vous pouvez réellement manger toute la journée. S’il faut faire la queue le matin pour un petit-déjeuner, vous avez aussi pour un supplément de 5€ la possibilité de l’avoir en cabine. Il y a le déjeuner en buffets à bord, parfois sur les ponts, mais aussi des snacks, pizzas et glaces à l’italienne. Si ces buffets ne sont pas une envolée gastronomique, ils sont néanmoins copieux, et les passagers peuvent se servir à volonté, et ça, ils l’ont bien compris. Un bémol pour la vaisselle en plastique, mais c’est peut-être une question de sécurité. La cuisine italienne prime, et la cuisson des pâtes est vraiment exceptionnelle.

Pour les dîners, probablement partagerez-vous votre table. Une occasion de faire des rencontres et de partager vos expériences de croisières. Plusieurs plats sont proposés de l’antipasti aux dolce. Quelques plats sont avec un supplément pour la richesse des produits et d’autres sont marqués d’une étoile car ils sont surgelés. Variés, copieux et typiquement italiens, ils font le régal des passagers. Le service est de qualité, et bien orchestré. On oublie la dimension ‘cantine’ du midi par un service à la place, avec de la vaisselle et des nappes.

 

LES EXCURSIONS – LA MACHINE A CASH

Fantastiques croisières sur les mers du monde, où à chaque escale on peut découvrir un nouveau pays. Si certains se targuent d’avoir ainsi fait un tour du monde, savent-ils vraiment ce qu’est le monde ? Disons qu’ils auront fait le tour des ports et de leurs environs. Les escales ne sont jamais très longues, et le temps de débarquer et de ne surtout pas rater le départ du navire, les journées ou demi-journées ne permettent pas d’explorer réellement le pays.

Tout est fait à bord pour vous inciter à acheter des excursions. A prix d’or, elles vous sont vendues, si bien qu’elles peuvent vous coûter aussi cher que votre croisière. Vous pouvez tenter de découvrir par vous-même à condition que le port d’arrivée soit proche de la ville. Si ce n’est pas le cas, un comité d’accueil d’excursionnistes et de taxis vous attendra pour vous proposer à des tarifs hallucinants divers tours. Le bon plan est sans nul doute d’avoir un réseau d’agences sur les escales et d’organiser pour vos clients des tours privatifs.

Si la compagnie propose des tours groupés avec des guides de langues différentes, il peut arriver que finalement le tour soit fait en anglais ou dans une autre langue. Il ne faut pas non plus s’attendre à une grande qualité sur la culture locale. Les guides se contentent de donner l’essentiel dans un micro, au fil des paysages. Quelques rares arrêts pour faire du shopping.

Est ainsi proposé, par exemple, dans les plus petits tarifs , une journée (transfert) sur une plage de la Martinique à 35,95€, et pour le plus coûteux « A la découverte de la Martinique Créole » à 85,95€, durée 7h, des visites de villes pittoresques, d’une distillerie de rhum et d’un déjeuner créole. Environ 340€ pour une famille de deux enfants.

Idem pour St Martin. Pourtant, sur le port il y a des taxis collectifs qui vous emmèneront pour 7$ sur la plage de l’Orient.

Visiter Antigua en faisant le tour de l’île dans une version originale, rien de plus simple en louant sur le port, chez Caribya, un quad pour 70$ la journée. Doit-on laisser son client acheter ses excursions à prix d’or à bord ou doit-on lui offrir les services d’un agent de voyages avec des conseils et des bons plans ?

 

L’ANIMATION A BORD – LE REVE D’ARTISTES

Sur les Néo, il n’existe parfois pas de soirées animées car ces bateaux sont dépourvus d’une salle de théâtre. Par chance nous avons à bord du Costa Magica un magnifique théâtre de plus de 600 places, avec une équipe d’animation, des danseurs et des chanteurs dont un ténor italien. Ce n’est pas le Moulin Rouge, ni-même un show de Vegas, mais dans un style bon-enfant cela plaît aux croisiéristes. Les spectacles à bord sont pour la plupart une découverte. Tous n’ont pas la chance de vivre dans une grande ville et de pouvoir sortir au théâtre, à l’opéra ou de voir un cabaret. Même si l’on n’est pas fan, même si le répertoire du chanteur d’opéra est un peu désuet ou dédié aux mémés italiennes, les shows à bord animent l’avant ou l’après des dîners.

Après quelques jours, vous saurez très bien vous déplacer à bord, et vous aurez fait déjà de nombreux va-et-vient sur les boutiques du bord, les espaces dédiés pour vous tirer le portrait, mais aussi les bars qui font le bonheur de ceux qui ont acheté les forfaits boissons à volonté, puis les pistes de danses de salon, et une discothèque.

Nous sommes loin des grands shows du Cirque du Soleil proposé par MSC, ou des nouvelles offres d’animations et des technologies embarquées sur les navires sortant à peine des chantiers du Havre. Quand on doit faire attention à ne pas trop dépenser, on finit par s’ennuyer un peu à bord.

Néanmoins, aussi étonnant que cela puisse paraître, le personnel de bord fait son show, et ce d’une manière très professionnelle. Il est très touchant de voir des talents chanter, danser ou même faire rire un public, alors qu’une heure avant ils étaient en cuisine, à l’animation ou en train de faire votre cabine.

Animations croisières

Vraiment, l’atout majeur de Costa et certainement des autres croisiéristes est dans cette main d’œuvre payée peu cher. Ce sont des gens à l’écoute de vos besoins, et ils veillent à ce que votre séjour à bord se passe au mieux. Si les journées n’ont pas d’heures, ils prennent le temps de vous parler, de vous sourire et ce dans de nombreuses langues. Une belle leçon d’humilité et de qualité de service.

 

CROISIERES « PANIQUE A BORD »

Les chiffres viennent d’être publiée par la CLIA, et pour la première fois le marché français de la croisière connait une avarie sans précédent. Moins 6,2%, soit 574 000 français qui ont acheté une croisière. Alors que le marché européen progresse quant à lui avec une augmentation de 3,4% (hors fluvial), avec l’Allemagne qui se hisse au top avec plus de 2 millions de croisiéristes, puis le Royaume-Uni et l’Irlande.

Erminio Eschena président de CLIA France n’est pas plus inquiet que çà. Après 5 années de progression, un ralentissement ou une pause s’impose, et les difficultés que traverse les français avec un climat sécuritaire et politique tendu, n’arrange pas la situation. Notons que 0,9% des français ont choisi la croisière l’an dernier, bien au-delà de nos voisins les anglais, et bien plus que les américains.

Des chiffres qui créaient la « panique à bord » des directions commerciales et marketing des compagnies de croisières. Malgré des investissements colossaux dans des campagnes de pub TV où des stars payées à prix d’or jouent la carte du glamour, la réalité d’un marché en baisse est bien là.

S’il y a un grand nombre d’adeptes de la croisière, il y a aussi beaucoup de déçus. Le remplissage massif de ces gros navires, une baisse des prix qui impose une baisse de la qualité des prestations, et le rêve vendu n’est pas au rendez-vous.

Pour avoir interrogé un panel d’agents de voyage, le constat est là : Il y a de nombreux retours négatifs, et pour ceux séduits par une nouvelle expérience, les compagnies se chargent bien de prendre le relais et de leurs vendre leurs prochaines croisières avec des offres imbattables. Perte de clientèle assurée, pour des efforts finalement pas récompensés.

« J’aime la croisière » l’opération de séduction organisée par la CLIA via un réseau d’agences volontaires, vient de s’achever. Un rendez-vous qui plait, et qui en tout début de saison a pour objectif de booster les ventes. Former des conseillers, et promouvoir le plaisir de la croisière, tel est l’objectif. Les agences se font le relais d’un plan média de 400 000€ brut (avant négociation). Un montant consenti par les 13 compagnies membres de l’association. Nous nous interrogeons néanmoins sur l’utilisation efficace de ce budget, puisque notre rédaction n’a jamais reçu une invitation à monter à bord d’un navire pour partager son expérience avec ses lecteurs pro.

Nous saluons néanmoins la compagnie StarClipper qui en 2015 nous avait inviter à bord, comme nous remercions MSC Croisières pour une invitation prochaine, suite à l’annonce de ce numéro spécial, un rendez-vous manqué.

À l’échelle européenne, les destinations les plus populaires restent la Méditerranée, les Caraïbes et l’Europe du Nord. Il faut dire que de nombreux voyages y sont organisés, et notamment les fameuses croisières à thème. On en veut pour exemple la Croisière Napoléon qui se déroulera en juin 2017 au large de l’Italie, la Corse et la Sardaigne avec pour intervenants les plus grands experts de cette figure historique, ou encore la Croisière Merveilles de l’Histoire avec Stéphane Bern (dans l’Adriatique). Dans un domaine plus ludique, les croisières Star Trek, Star Wars ou pour naturistes navigueront dans les eaux caribéennes au cours des prochains mois. Et pour ce qui est de l’Europe du Nord, un navire exceptionnel transitera par les capitales de la Baltique (Stockholm, Helsinki, Tallinn et Saint-Pétersbourg) en juin prochain. Lionel Rabier, nouvellement élu président des Entreprises du voyage Ile-de-France, et directeur général de Croisières d’exceptions l’a bien compris. Il faut personnaliser les croisières et s’adapter à une nouvelle clientèle, à de nouveaux profils. Il n’est pas issu du tourisme, ni-même des croisières, mais son passé dans le groupe Figaro est un atout majeur pour appliquer de nouvelles méthodes pour séduire de futurs croisiéristes.

En ce qui concerne les passagers français, ces destinations restent bien entendu très populaires, mais les plus fortes hausses sont observées sur les destinations lointaines. Les chiffres de la CLIA* évoquent une hausse de 62% (!) pour les régions polaires, 37% pour l’Océan Indien, et 80% pour les Émirats. Là encore, les croisières à thème sont de la partie avec un fabuleux voyage organisé en novembre prochain pour découvrir les merveilles de l’Océan Indien.

Mais qui sont ces nouveaux croisiéristes ? La croisière n’appartient plus aux retraités, les voilà devant partager leurs croisières avec un ensemble d’autres personnes aux profils plus jeunes, plus dynamiques et peut-être plus exigeants.

Il faut dire qu’avec une offre tarifaire de plus en plus accessible à tous, des formules tout-inclus, et la possibilité de découvrir plusieurs pays en un seul voyage, davantage de monde se bouscule aux portes des agences, mais aussi sur les sites spécialisés qui proposent des réductions pouvant aller jusqu’à -80%. Un passager guadeloupéen nous a même dit qu’il y a des offres promotionnelles pour les Antillais à partir de 125€ la semaine.

Avec l’arrivée de nouveaux navires comme « l’Harmony of the Sea » dont la capacité peut atteindre plus de 6 300 passagers, il faut remplir, et pour remplir il faut casser les prix. La concurrence est là, et la surenchère du « plus » à bord est une course à laquelle se livrent les principales compagnies.

 

LA CROISIERE OUI, MAIS POUR QUI ?

Conclusion de cette expérience de voyage à bord d’un bateau de Costa Croisières, comme elle aurait pu être vécue à bord de n’importe quels autres navires, il est important de sonder le désir de voyage de son client, afin de s’assurer que le produit croisière lui correspond tout à fait. Il est tout aussi important de lui parler de la vie à bord, de ses avantages comme de ses inconvénients, du confort comme de l’inconfort, et que la motivation première de son choix ne soit pas celle du tarif. A chaque client sa croisière, sans nul doute ! Si Costa a choisi pour égérie la chanteuse la mieux payée au monde, la Colombienne Shakira, il n’est pas certain que celle-ci ait dû faire un jour la queue au self-buffet à bord. Elle reste néanmoins une belle ambassadrice de la marque même si elle n’est pas italienne.

Vous ne voulez pas perdre vos clients fidèles, alors ouvrez leurs plus de champs d’exploration, plus de brochures car un grand nombre d’autres croisiéristes travaillent quant à eux sur la qualité, la culture, voire le luxe. Bien que n’étant pas récents, les navires de la gamme Néo, ou Celeystal Cruises sont plus adaptés pour ceux qui recherchent plus d’intimité et de rencontres à bord. Ce sont des bateaux dont les escales sont souvent plus longues, et les itinéraires originaux. Celeystal Cruises s’est illustré cette année avec un tour de Cuba. Certainement la meilleure façon de découvrir l’île de Fidel Castro.

Vous conseillerez à d’autres clients des expériences de voyages avec les itinéraires exclusifs, et les conférences à bord du Ponant, ou le plaisir de la voile d’antan à bord d’un Star Clipper. Ou le mixte des deux avec le légendaire Club Med II. La nouvelle brochure croisières de Kuoni ventile au fil de ses pages de belles sélections et élève l’expérience au-delà du navire ou de la marque.

Interrogés à bord, de nombreux passagers qui n’en sont plus à leur première croisière, avouent ne plus avoir besoin de leur agence de voyages pour réserver. Ils connaissent le produit, les navires, et réservent directement sur le site avec souvent des promotions envoyées par la compagnie.

Sophie Maman, responsable de la « Boutique des Croisières » sous l’enseigne UNIVAIRMER à Cannes dit qu’elle refuse de vendre du ‘tarif’ et peut même déconseiller à certains clients de partir en croisière et sur certaines compagnies. L’avantage d’être à Cannes, c’est de pouvoir organiser des visites à bord. Elle n’a qu’une vérité pour ses clients. Si elle aime le « Yacht Club » de MSC, elle regrette la baisse de qualité de Costa, et plus particulièrement sur les buffets et repas. Son dernier test sur le Costa Pacifica a été décevant. Sa recommandation aux agents de voyage est de vivre le produit, et de demander à son commercial un eductour, car sans l’avoir vécu, la croisière pourrait être un véritable cauchemar pour les clients.

Et oui, il ne faut pas céder à la tentation de l’appel des sirènes, qu’elles ressemblent à Chakira ou à votre commercial(e), les bateaux doivent se remplir, mais à quel prix ! Un bon agent de voyage doit connaître du bout des doigts le produit croisière, les compagnies et ses clients. Un technicien ? Assurément.

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*Célébrant son 40ème anniversaire en 2015, Cruise Lines International Association (CLIA) est la voix unifiée de l’industrie et la principale autorité de la communauté mondiale de la croisière. En tant que plus grande association professionnelle des industriels de la croisière avec 15 bureaux dans le monde, CLIA est présente en Amérique du Nord et en Amérique du Sud, en Europe, en Asie et en Australasie. Tel un véritable lobbying, l’association et ses adhérents assurent la promotion de cette industrie lucrative.

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